Qu’est-ce que c’est que les Thérapies Comportementales et Cognitives ?
Permettez-moi de me présenter. Je suis psychothérapeute, mais pas plombier. Je ne trimballe pas une boîte à outils, mais j’utilise des techniques. J’adhère à une école de pensée, mais je respecte les pensées d’autres écoles. Et je voudrais vous présenter l’école de pensée qui est la mienne.
Tout modèle de psychothérapie comprend 4 éléments fondamentaux :
- une théorie d’étiologie, autrement dit une explication du développement et du maintien des comportements problématiques ou des pathologies
- des techniques d’intervention ou des stratégies en vue de provoquer des changements
- des mécanismes d’action ou une explication du comment et du pourquoi ces stratégies provoquent des effets
- une représentation/idée de ce que c’est la santé ou le bien être, autrement dit ce vers quoi la dite thérapie est censée emmener le sujet (Forman et Herbert in General Principles and Empirically supported Techniques of Cognitive Behavior Therapy)
En ce qui concerne l’étiologie, les Comportementalistes (Behaviorists en anglais) expliquent l’origine de tout comportement qu’il soit pathologique ou normal par l’apprentissage. Vierge à sa naissance, tout petit être, humain ou pas, se modifie tout au long de son existence et ceci à travers ses expériences et ses rencontres avec son milieu. Pour un être humain, ce milieu est avant tout social (familial, scolaire, professionnel), mais aussi symbolique (langage, codes, rites). Donc, j’apprends parce que je navigue dans un monde objectif, mais aussi linguistique.
Pour les techniques, nous nous contenterons de présenter quelques mots clés : exposition, modelage et restructuration cognitive. Puisqu’on apprend en faisant on apprend en regardant l’autre faire, le comportementaliste s’arrange pour aider son patient à faire des choses nouvelles (pour surmonter sa phobie), à observer un modèle agissant de manière désiré par le patient (entrainement à l’affirmation de soi), à regarder ses pensées différemment en les critiquant, en les notant, en les observant comme des nuages dans le ciel(techniques cognitives contre la dépression).
Quant aux mécanismes d’action, conception néo-darwinienne, nous faisons référence à la loi de l’effet. Selon les résultats positifs ou négatifs de nos actions, les actions seront maintenues (renforcées ou pas). On désigne par le terme renforcement positif ce qui fait qu’on recommence telle action : un sourire bienveillant, un salaire à la fin du mois, voire le hochement de tête du thérapeute sont tous des renforcements positifs. On appelle punition ce qui suit une action et qui provoque l’arrêt de cette action : la réprimande, la suppression du permis, le choc électrique sont des punitions. Les recherches sur l’apprentissage concordent à démontrer une efficacité supérieure des renforcements positifs sur la punition. On attrape pas les ours par les chocs électriques, mais on soigne nos patients à coups de renforcements positifs dans le but de renforcer leur confiance en eux.
Pour conclure, l’évaluation de la réussite d’une thérapie est fonction du patient. C’est lui qui fixe le but final, qui crie Eurêka lorsqu’il arrive à être bien dans sa peau, à faire ce qu’il veut, à penser sans se soucier ou se rendre malade. Le patient tient la lampe et pas moi. Son idée du trésor ne correspond pas forcément à la mienne, mais c’est lui qui définit la poule aux yeux d’or. Dire que les TCC sont normatives d’esprit (que les Behaviorists cherchent à uniformiser les comportements humains) c’est tout simplement erroné. On ne sait jamais à l’avance quelle sera la destination n’étant pas chef de gare, mais simple poinçonneur de billets. Ca nous arrive de changer de train ou de réseau ferroviaire en cours de route, (c’est-à-dire de repenser nos hypothèses de départs, de revoir nos techniques), mais rarement de nous ennuyer tant les paysages humains sont complexes.
Rosemarie Bourgault
